Djihad, au nom de l'amour

Jeudi 18 septembre à 22h30 sur Arte Bravant leur peur, des musulmans du monde entier, hommes et femmes, évoquent avec franchise leur homosexualité. Des témoignages poignants et un documentaire de toute beauté sur un tabou encore tenace. Ecoutez notre émission Tonic's Live du jeudi 11 sept qui présente ce reportage en cliquant sur la page Radio, puis Podcast .

Les femmes et les hommes que Parvez Sharma a suivis sont tous de fervents musulmans. Ils sont aussi homosexuels. Qu'ils vivent en Afrique du Sud, en Égypte, en Iran, en Inde, en Turquie ou en France, leur inclination n'est pas acceptée par la communauté musulmane et constitue bien souvent un dilemme pour eux-mêmes. Car les enseignements tirés du Coran et des hadith (paroles du prophète Mahomet) réprouvent sévèrement l'homosexualité. Dans certains pays, elle est considérée comme un crime, les châtiments encourus pouvant aller jusqu'à la mort par lapidation. Ainsi, Mazen, un jeune Égyptien, a été arrêté puis emprisonné pendant trois ans. Au cours de sa détention, il a été battu et violé.
Devant la caméra de Parvez Sharma s'exprime aussi la lutte intérieure douloureuse que livrent ces femmes et ces hommes. Ici, djihad ne signifie pas "guerre sainte", mais "combat". Comment concilier une foi inébranlable et un trait de leur identité qu'ils n'ont pas choisi ? Chacun des protagonistes est taraudé par le doute. Dieu m'a-t-il fait(e) ainsi ? Dois-je rejeter le péché ? Certains, comme Maryam, sont écrasés par la culpabilité. D'autres, comme Muhsin Hendricks, imam en Afrique du Sud, repensent le rapport aux textes et à la religion, pour montrer qu'islam et homosexualité ne sont pas nécessairement incompatibles. Si l'histoire de chacun est différente, l'amour revient pourtant comme un leitmotiv jusqu'au dernier de ces courageux témoignages. Lui-même musulman et homosexuel, le réalisateur indien Parvez Sharma avait un double objectif en bravant les interdits pour réaliser ce film : ouvrir le dialogue entre musulmans sur une minorité mise au ban de la "communauté des croyants" et briser les idées reçues du monde occidental sur la rigidité de l'islam. Avec ce regard bouleversant et sans artifice sur ses semblables condamnés au silence, il réussit doublement son pari.